Je ne sais pas pour vous, mais moi, avant l’entame des étapes alpestres, j’étais resté un peu sur ma faim. Les premières étapes sont arrivées au sprint, les Pyrénées ont été passés sans trop d’encombre. Enfin, l’étape de Montélimar nous a déconcerté, même parfois consterné, le peloton laissant 30mn d’avance aux échappées, la phonak offrant sur un plateau le maillot jaune à Pereiro alors que Voigt battait l’espagnol au sprint pour le gain de l’étape ... Mais quand on voit le spectacle offert lors de ces trois étapes des Alpes, on ne peut qu’être ravi de la tournure des événements.
Tout commence au départ de Gap, après une journée de repos, souvent piégeuse. Dans l’Izoard, les favoris restent avec le maillot jaune Pereiro au sein le peloton. Devant, Sylvain Chavanel parvient à suivre les fuyards. Il est le meilleur français de l’étape. Le Lautaret verra le naufrage du champion du monde Tom Boonen, complètement vidé, qui abandonne. La grande bagarre commence au pied de l’Alpes d’Huez. Devant, les deux hommes forts sont Schleck et Cunego. Ils grimpent la dernière ascension ensemble, mais à 2km du but, le Luxembourgeois décroche le jeune italien et signe une magnifique victoire. Derrière, sous l’impulsion des T-Mobil, Kessler et Kloden durcissent la course, mais Landis suis tranquillement, alors que Menchov, Sastre, Leipheimer et Evans peinent à suivre. A noter que Chavanel et Garzelli, échappés de la première heure, parviennent à suivre le rythme des T-Mobil. Dessel et Moreau ne sont pas si loin, ce qui leur permet de rester dans les 10 au général. Et au final, Floyd Landis parvient à prendre le maillot jaune, Pereiro terminant à 1’39 de l’américain.
A ce moment là, beaucoup pense que le tour est joué, que Landis, qui ne fait que suivre ses petits camarades de jeu va tranquillement filer à Paris avec sa belle tunique jaune. Et bien on s’était tous planté !
En effet, la deuxième étape alpestre nous a apporté bien des surprises. Tout d’abord, le grand gagnant du jour s’appelle Rasmussen, il est parti au Km 6 et remporte cette étape de façon magistrale. Casar et Valjavec, les deux courageux du jour, tentent bien de le suivre dans un premier temps, mais ils sont irrémédiablement lâchés dès que la route s’élève. Dans la descente du galibier. Chavanel se retrouve à terre et nous fait passer le frisson, mais il remontera sur son vélo pour finir avec l’autobus. Devant, Rasmussen poursuit son show, tandis que le peloton des favoris attaque la dernière ascension du jour, la montée de la Toussuire. Landis n’est pas au mieux, et sur une attaque de Sastre, il s’écroule littéralement. Ce que personne ne pouvait imaginer était en train de se produire. Le maillot jaune est complètement à l’arrêt, et ce n’est que grâce aux efforts d’Axel Merckx que l’américain ne concèdera que 10mn à ses adversaires. C’est Pereiro qui reprend le maillot jaune, il ne perd que quelques secondes à Sastre qui prendra la 2è place de l’étape alors que Kloden et Evans étaient restés avec l’espagnol. Suivent ensuite Moreau qui a emmené dans sa roue Dessel (6è et 8è de l’étape à 2’37). Les écarts sont énormes, le Gruppetto termine hors délai mais sera repêché par le jury des commissaires.
Landis perd 10mn, il a perdu le tour. Tout le monde change d’avis car il semble impossible que le leader de la Phonak puisse récupérer son retard. Mais une fois de plus, nous ne sommes pas au bout de nos surprises.
La troisième étape des Alpes commence par un terrain peu accidenté avant la première ascension, le col des saisies au Km 65. Le scénario improbable se prépare. Toute l’équipe Phonak imprime un train d’enfer dès le pied du col, et très vite, ne reste en tête que les gros bras. Floyd Landis poursuit seul son effort, personne ne peut le suivre mais surtout, personne ne le reverra. Il est parti pour un contre la montre de 120 Km ! Du suicide ? On a pu le penser au départ, mais on ne peut rester qu’admiratif d’un tel effort solitaire. Devant, Halgand était parti avec un petit groupe, mais quand il a vu la fusée Landis débouler, il n’a pas pu la suivre. Derrière, on ne s’alarme pas, les hommes du maillot jaune mènent un bon tempo. C’est seulement à 30km de l’arrivée que la CSC et la T-Mobil entament une vraie poursuite, l’écart est alors de 9mn. Dans la dernière montée vers Joux Plane, Sastre va de nouveau fausser compagnie aux principaux leaders. La montée est difficile, et Moreau ainsi que Cunego sont ceux qui vont le mieux s’en sortir. Kloden souffre, tout comme Menchov et Pereiro. Mais l’espagnol va se battre bec et ongle, il conserve quelques secondes d’avance au général sur Sastre après une superbe descende vers Morzine, mais surtout sur Landis qui rattrapé plus de 7mn sur le maillot jaune.
Après ces 3 étapes dantesques, on reste ébahis ! Bien sur, on a apprécié le retournement de situation et le baroud d’honneur de Landis, mais on a également apprécier la super combativité des deux coureurs AG2R Moreau et surtout Dessel, révélation de ce Tour, qui sans une chute dans la descente vers Morzine, serait 6è au général. On n’oublie pas nos petits français Chavanel, Casar et Halgand, trois magnifiques attaquants. Messieurs, un grand Merci, c’était somptueux !