Aujourd'hui, je vous propose une magnifique interview de Christophe Laurent. Il a gentiment accepté de répondre à mes questions par téléphone pendant plus de 30 minutes. Il revient avec précision sur sa saison 2007 mais également sur son transfert du Crédit Agricole vers le Team Chipotle. Il nous en apprend également un peu plus sur lui, notamment son parcours avant d'arriver sur le circuit professionnel.
01- Bonjour
Christophe. Tout d'abord, un petit mot sur ton état de forme
actuellement ? Comment te sens-tu physiquement et
moralement?
CL: - Physiquement, pas vraiment super parce que j'ai eu
une fin de saison un petit peu légère, je n'ai pas
fait la Vuelta, je n'ai pas fait beaucoup de course. Depuis
début Août je n'ai pas vraiment beaucoup couru. J'en
ai profité pour couper, pour faire pas mal d'autres choses.
Physiquement, je suis en reprise, donc ça n'est pas la
grande forme. On va monter en pression petit à petit. Par
contre, moralement, je suis vraiment bien parce que je rentre de
mon premier stage avec ma nouvelle équipe. Même si je
n'en ai vraiment jamais douté, je suis encore plus
agréablement surpris que ce que je pensais. J'ai vraiment
hâte que la saison commence parce que j'ai découvert
un état d'esprit différent, je me sens très
très bien dans cette équipe, c'est une grosse
motivation.
02- Tu reviens
d’un stage aux Etats-Unis avec ta nouvelle équipe Team
Chipotle-Slipstream. Comment ça s’est passé
avec tes nouveaux coéquipiers ?
CL: - Ca s'est très bien passé. J'en
connaissais certains, comme le français Kilian Patour,
Julian Dean qui était au Crédit Agricole avec moi,
David Millar qui est quelqu'un de sympathique, Magnus Backstedt que
je connaissais aussi, donc je ne me suis pas senti
complètement seul. Ca a été un petit peu
difficile par rapport à la langue, car je ne parle encore
trop bien anglais, mais les gars sont super sympas, et comme c'est
une nouvelle équipe, y'a pas vraiment de clan. C'est pas
comme l'année dernière où au Crédit
Agricole je faisais parti des 3 nouveaux, il fallait s'adapter.
Là il y a quasiment que des nouveaux, chacun venant
d'équipes différentes, on sent que dès le
départ on est assez soudé. Le noyau est formé
de jeunes issus de l'ancienne équipe, mais l'adaptation des
nouveaux a vraiment été facile.
03- Peux-tu revenir
sur les modalités de ton transfert vers cette équipe
américaine?
CL: - Au Tour de Californie (ndlr: 18 au 25 février
2007), j'ai fait de bonnes perfs, j'ai été
échappé plusieurs jours, j'ai eu le maillot du plus
combatif. Là-bas, c'est comme en Formule 1, il y a
conférence de presse obligatoire après la course, et
comme je ne parlais pas trop anglais, c'était Jonathan
Vaughters qui faisait les traductions. Je le connaissais un peu car
il était au Crédit Agricole quand moi j'étais
stagiaire, on s'est toujours parlé quand il était
coureur. Ensuite, j'ai pris le maillot de la montagne, donc
j'étais en conférence de presse tous les soirs. Du
coup, ça a créé quelques liens, il m'a
parlé de son projet. Moi j'ai toujours eu dans la tête
de partir pour une équipe étrangère pour voir
du pays. Je me sentais vraiment bien au Crédit Agricole
à ce moment là alors je n'ai pas donné suite,
même si je n'avais pas dit non. De son côté, son
projet n'était pas encore concret. Courrant mars, il m'a
confirmé qu'il avait le budget pour monter une équipe
de ce niveau là, qu'il était intéressé
par ma venue, de part mon tempérament, j'étais le
genre de coureur qu'il voulait prendre. J'ai gardé ça
dans un coin de la tête, plus ça allait, plus il me
relancé, et au fur et à mesure, ça me faisait
rêver.
04- A quel moment ton
transfert a t il été officiel?
CL: - Disons qu'on a fait traîner vu que
c'était un peu tôt. Dans ma tête, j'avais pris
ma décision début mai, donc j'ai donné mon
accord oral à Jonathan. Le Crédit Agricole n'aurait
pas du être au courant, les premières rumeurs
commencent pendant le Tour, mais ça m'a pas mal
rongé, j'ai tenu un mois, mais j'ai trouvé plus
réglo de leur dire avant le Tour, d'autant que
j'étais dans les présélectionnés pour
la Grande Boucle. Je ne me sentais pas de ne pas leur dire. Je
pense que ma démarche était saine, je leur ai
annoncé avant le Tour au moment des championnats de France
fin juin.
05- Quel est ton
programme dans les semaines à venir ?
CL: - En ce moment c'est la préparation hivernal,
donc au mois de décembre je vais faire beaucoup de foncier.
Ensuite j'ai fait le choix de partir à Gérone en
Espagne pour rejoindre l'équipe qui voudrait regrouper tout
le monde dans la même ville. Ce n'est pas une obligation,
c'est en fonction de chacun. Les américains arrivent en
général fin janvier début février, moi
je vais y aller début janvier, il y a un nouveau stage
d'équipe à ce moment là.
06- Est ce que tu
sais quel sera ton planning pour la saison 2008?
CL: - Gros avantage avec cette équipe, je sais
quasiment tout mon programme, tout est déjà
planifié. Je vais commencer par le Tour du Qatar fin
janvier, l'Etoile de Bessèges, Trofeo Laigueglia et Tour du
Haut Var le même week-end, puis Paris Nice, Milan San Remo,
le Critérium International, le Tour des Flandres et Paris
Roubaix. A partir de là on fera un point.
L’équipe fait le Giro, je ne l’ai jamais fait et
j'aurais bien aimé le faire, mais apparemment ils veulent
que je me concentre sur le Tour de France. Avant j'aurais fait le
Dauphiné pour préparer le Tour.
07- Justement, le
Tour 2008, qu'en penses tu? Qu'est ce que t'inspire ce
parcours?
CL: - Ca sera un Tour très difficile comme à
chaque fois qu'il passe dans le Massif Central. J'ai de très
mauvais souvenir des passages dans le Massif Central. Dans une
étape de montagne, même si elle est dure, il y a des
gruppettos qui se forment assez rapidement, les délais sont
plus longs, alors que dans le Massif Central, c'est dur mais tout
le monde s'accroche. C'est beaucoup plus propice à la
bagarre, y'a beaucoup plus de coureurs qui ont les aptitudes
à passer ce genre de bosses, donc c'est vraiment très
très difficile. Le bon côté, c'est que
ça tourne autours de chez moi, je suis de Mende.
06- Revenons un peu
sur la saison 2007. Un petit bilan personnel ?
CL: - La saison est coupé en deux parties. Un
début de saison vraiment excellente pour moi.
Bessèges, même si ça n'a pas été
au bout, j'ai été échappé tous les
jours. Tour de Californie vraiment super, Het Volk également
super, Paris Nice pas mal, Milan San Remo, Paris Roubaix aussi,
j'ai vraiment fait un bon début de saison, l'équipe
était contente, j'ai fait le boulot. Et à partir du
moment où j'ai signé pour le team Chipotle ... Je
m'étais vraiment concentré pour la Vuelta, mais
pendant le mois de juillet, j'ai appris que je ne la ferais pas.
Donc là ça a été grosse
démotivation, j'étais un petit peu vexé de ne
pas être sélectionné, je n'avais plus du tout
la tête pour aller m'entraîner, ni pour faire le Tour
de Pologne. Je n’ai quasiment pas couru en deuxième
partie de saison.
07- Qu'est ce que tu
retiendras personnellement de cette année 2007? Une image?
Une impression? Un sentiment?
CL: - Ce que je retiendrais, c'est la super équipe
de coureurs qu'il y a au Crédit Agricole. Il y a vraiment
une bonne bande de jeune, une super ambiance. J'étais
vraiment surpris de ça. J'ai toujours eu la chance
d'être dans des équipes qui me plaisaient bien, mais
là ça n'était pas pareil. Le Crédit
Agricole avait cette image un peu froide, où on ne se fend
pas trop la gueule en dehors des courses, c'était vraiment
complètement l'inverse cette année, il y avait des
coureurs avec qui ça s'est super bien passé, vraiment
une bonne ambiance, c'est ce que je retiens de l'équipe en
général. Après, le gros moment c'est le Tour
de Californie qui a fait basculé ma carrière. Je ne
vais pas dire ma vie, mais presque. Ca change beaucoup de chose
parce que sans le Tour de Californie, je ne vais pas dans cette
équipe américaine, et donc je ne vais pas
habité en Espagne.
08- Est ce qu'il y a
un ou plusieurs coureurs qui t'ont vraiment fait forte impression
cette saison?
CL: - Moi c'est Romain Feuillu qui m'a vraiment
épaté, je l'ai connu stagiaire chez Agritubel, il ne
me donnait pas l'impression d'être capable de réaliser
les résultats qu'il a fait cette année. Il avait
déjà beaucoup de capacités, mais ce mec avec
qui j'ai été échappé sur Paris Nice m'a
plus épaté par son mental que par son physique. Il ne
lâchait rien, il avait le couteau entre les dents. Il a fait
une saison exceptionnelle, on peut lui prédire un bel
avenir.
09- Quel est le type
de courses qui te convient le mieux?
CL: - Ca c'est la grande question, ça a toujours
été mon problème. Quand je choisi mon
programme, je fais autant le Tour des Flandres et Paris Roubaix que
le Dauphiné ou le Tour. Je n’ai vraiment pas de
spécialité. A un certain moment de ma
carrière, ça a pu me poser un problème, c'est
beaucoup plus difficile de gagner des courses quand on a des moyens
partout, mais aujourd'hui j'en récolte un peu les fruits
puisque j'ai été embauché justement pur cette
régularité que j'ai sur la saison, aussi bien sur les
classique que sur un grand Tour. C'était le cas pour le
Crédit Agricole. J'ai quand même une
préférence pour les courses à étapes,
plutôt d'une semaine comme Paris Nice, le Tour de Californie,
le Tour de Suisse, c'est le style de course que je
préfère.
10- Quelle est la
course que tu aimerais vraiment avoir à ton
palmarès?
CL: - (rires) Il faut rester réaliste? Le
rêve, ça serait Paris Roubaix. C'est une course Hors
Norme, pour le côté médiatique, populaire, mais
également pour la souffrance, et l'arrivée dans le
vélodrome, c'est quelque chose d'énorme.
11- Quel est ton plus
beau souvenir en tant que coureur cycliste?
CL: - C'est l'arrivée sur les Champs Elysée
lors de mon premier tour en 2004. J'en ai tellement chié sur
les 15 derniers jours. Après une super première
semaine, j'ai pris un petit refroidissement lors du premier jour de
repos, et à l'entame du Massif Central, j'étais pas
forcement au niveau non plus, c'était mon premier Tour, en
2004 il y avait encore une course à 2 vitesses, j'en ai
vraiment vraiment chié. Sur le coup, je n'avais vraiment pas
envie d'y revenir, je m'étais dit que je ne le referais pas.
Puis j'y suis revenu en 2006, dans des conditions
différentes, j'avais franchi un palier peut grâce
à ce Tour 2004. Je faisais la course et c'était
super.
12- A quel age as tu
commencé le vélo, et comment y es tu venu
?
CL: - J'ai commencé par le VTT, j'y suis venu un
peu par hasard. En fait je faisais du foot depuis des
années, mais bon, le sport co. ça me gavait un peu.
Donc j'ai commencé le VTT vers les 16 ans, assez tard. Je
n'ai pas fait ça sérieusement tout de suite, je
faisais quelques compétitions à droite à
gauche, toujours avec des performances, c'est ce qui m'a
motivé pour continuer. Pour progresser, on m'a
conseillé d'acheter un vélo pour faire de la route,
ce que j'ai fait pendant un an ou deux, comme ça. Un jour,
il n'y avait pas de course de VTT, mon meilleur ami qui ne faisait
que de la route m'a motivé à participer à une
course sur route. Je l'ai gagné. L'année suivante, un
club m'a proposé de faire la moitié de la saison sur
route, et l'autre en VTT. Et c'est parti comme ça,
j'étais alors en Junior 2. La route m'a plus plu, j'ai
progressé régulièrement, sans vraiment
écraser ma catégorie. En régionale, j'ai
gagné 4 courses, c'est bien mais pas exceptionnel. Puis
nationale et Elite, toujours présent. Jusqu'au jour ou je
termine deuxième des Championnats de France Espoir, un peu
par hasard car c'est la période ou je voulais revenir au
VTT. A ce moment là, je ne pensais vraiment pas passer pro,
ça n'était pas un objectif. Derrière
ça, le Crédit Agricole me contacte pour faire un
stage avec les pros, je croyais que c'était une blague. Je
m'y suis rendu sans savoir où j'allais, mais une semaine
plus tard, je savais que je voulais passer pro. Je suis
tombé à l'époque sur Chris Boardman, Jens
Voigt, Stuart O'Grady, Jonathan Vaughters, vraiment la grosse
équipe. En 2001, j'ai vraiment explosé au club de Luc
Leblanc à la Creuse. Puis en juin 2001, je signais mon
premier contrat pro avec Jean Delatour.
13- Avais tu une
idole quand tu étais enfant ?
CL: - Je ne suivais pas du tout le cyclisme quand
j'étais enfant. Je n'avais aucune culture du vélo.
Pour moi Bernard Thévenet, c'est un commentateur
télé, et Bernard Hinaut, c'est celui qui remet les
maillots sur les podiums du Tour (rire). Si, en fait y'en a
vraiment un, avec qui j'ai eu la chance de courir, avec qui j'ai
été échappé et que j'ai même
battu, c'est Laurent Jalabert. Niveau tempérament,
palmarès, il avait tout, si je devais en désigner un,
ça serait Lui.
14- Qu'aurais tu fais
si tu n'étais pas devenu cycliste professionnel
?
CL: - J'étais parti pour être
prof de sports, ce que je ferais peut être après ma
carrière. En tout cas, je serais resté dans le
sport.
15- Quel est ton
premier souvenir de sport ?
CL: - J'étais très foot, je me rappelle de
Mexico en 1986, je n'ai pas d'image concrète mais je me
rappelle de ce mondial qui m'avait marqué parce que je
l'avais suivi. Sinon, le plus beau souvenir, c'est beaucoup plus
récent, c'est la victoire en 1998. Après, j'ai aussi
un excellent souvenir plus vieux, c'est la finale de la Coupe Davis
en 1991, quand Henri Leconte gagne. J'avais suivi du vendredi au
dimanche.
16- Est ce
qu'il y a des sports que tu aimes et pour lesquels tu es
doué ? Le Football ?
CL: - Non, justement. J'ai fait du foot car ça fait
parti de la culture française. J'ai fait beaucoup de sport
en club: du judo, de la pétanque, du tir à la
carabine, du badminton. Celui ou j'étais le plus
doué, c'est la pétanque, mon père y jouait, je
m'étais mis à la compétition chez les jeunes,
j'étais plutôt fort. J'étais plus doué
pour les sports individuels. Le foot, c'était toujours la
faute à quelqu'un donc ça me gavait.
17- Quels sont les
évènements sportifs que tu suis avec
intérêt ?
CL: - Alors là il y en a beaucoup, à
commencer par les JO, les championnats du Monde dans n'importe quel
sport.
18- A part le sport
et le cyclisme, est ce que tu as d'autres passions?
CL: - (rire) J'ai le droit de dire faire la fête?
Les soirées gastronomiques entre amis, c'est presque un
hobby. Sinon, je dirais la cueillette des champignons, et
également voyager.
Voila,
un très grand merci à Christophe pour ce
superbe entretien. Vous retrouverez encore plus d'informations
sur son site: http://www.chrislaurent.info
La
photo, je l'ai prise au départ du Critérium
d'Hellemmes, en septembre dernier.
