Interview de Christophe Laurent  (Interviews de coureurs !!) posté le vendredi 30 novembre 2007 00:16

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Aujourd'hui, je vous propose une magnifique interview de Christophe Laurent. Il a gentiment accepté de répondre à mes questions par téléphone pendant plus de 30 minutes. Il revient avec précision sur sa saison 2007 mais également sur son transfert du Crédit Agricole vers le Team Chipotle. Il nous en apprend également un peu plus sur lui, notamment son parcours avant d'arriver sur le circuit professionnel.

 

01- Bonjour Christophe. Tout d'abord, un petit mot sur ton état de forme actuellement ? Comment te sens-tu physiquement et moralement?
CL: -
Physiquement, pas vraiment super parce que j'ai eu une fin de saison un petit peu légère, je n'ai pas fait la Vuelta, je n'ai pas fait beaucoup de course. Depuis début Août je n'ai pas vraiment beaucoup couru. J'en ai profité pour couper, pour faire pas mal d'autres choses. Physiquement, je suis en reprise, donc ça n'est pas la grande forme. On va monter en pression petit à petit. Par contre, moralement, je suis vraiment bien parce que je rentre de mon premier stage avec ma nouvelle équipe. Même si je n'en ai vraiment jamais douté, je suis encore plus agréablement surpris que ce que je pensais. J'ai vraiment hâte que la saison commence parce que j'ai découvert un état d'esprit différent, je me sens très très bien dans cette équipe, c'est une grosse motivation.

02- Tu reviens d’un stage aux Etats-Unis avec ta nouvelle équipe Team Chipotle-Slipstream. Comment ça s’est passé avec tes nouveaux coéquipiers ?
CL: -
Ca s'est très bien passé. J'en connaissais certains, comme le français Kilian Patour, Julian Dean qui était au Crédit Agricole avec moi, David Millar qui est quelqu'un de sympathique, Magnus Backstedt que je connaissais aussi, donc je ne me suis pas senti complètement seul. Ca a été un petit peu difficile par rapport à la langue, car je ne parle encore trop bien anglais, mais les gars sont super sympas, et comme c'est une nouvelle équipe, y'a pas vraiment de clan. C'est pas comme l'année dernière où au Crédit Agricole je faisais parti des 3 nouveaux, il fallait s'adapter. Là il y a quasiment que des nouveaux, chacun venant d'équipes différentes, on sent que dès le départ on est assez soudé. Le noyau est formé de jeunes issus de l'ancienne équipe, mais l'adaptation des nouveaux a vraiment été facile.

03- Peux-tu revenir sur les modalités de ton transfert vers cette équipe américaine?
CL: -
Au Tour de Californie (ndlr: 18 au 25 février 2007), j'ai fait de bonnes perfs, j'ai été échappé plusieurs jours, j'ai eu le maillot du plus combatif. Là-bas, c'est comme en Formule 1, il y a conférence de presse obligatoire après la course, et comme je ne parlais pas trop anglais, c'était Jonathan Vaughters qui faisait les traductions. Je le connaissais un peu car il était au Crédit Agricole quand moi j'étais stagiaire, on s'est toujours parlé quand il était coureur. Ensuite, j'ai pris le maillot de la montagne, donc j'étais en conférence de presse tous les soirs. Du coup, ça a créé quelques liens, il m'a parlé de son projet. Moi j'ai toujours eu dans la tête de partir pour une équipe étrangère pour voir du pays. Je me sentais vraiment bien au Crédit Agricole à ce moment là alors je n'ai pas donné suite, même si je n'avais pas dit non. De son côté, son projet n'était pas encore concret. Courrant mars, il m'a confirmé qu'il avait le budget pour monter une équipe de ce niveau là, qu'il était intéressé par ma venue, de part mon tempérament, j'étais le genre de coureur qu'il voulait prendre. J'ai gardé ça dans un coin de la tête, plus ça allait, plus il me relancé, et au fur et à mesure, ça me faisait rêver.

04- A quel moment ton transfert a t il été officiel?
CL: -
Disons qu'on a fait traîner vu que c'était un peu tôt. Dans ma tête, j'avais pris ma décision début mai, donc j'ai donné mon accord oral à Jonathan. Le Crédit Agricole n'aurait pas du être au courant, les premières rumeurs commencent pendant le Tour, mais ça m'a pas mal rongé, j'ai tenu un mois, mais j'ai trouvé plus réglo de leur dire avant le Tour, d'autant que j'étais dans les présélectionnés pour la Grande Boucle. Je ne me sentais pas de ne pas leur dire. Je pense que ma démarche était saine, je leur ai annoncé avant le Tour au moment des championnats de France fin juin.

05- Quel est ton programme dans les semaines à venir ?
CL: -
En ce moment c'est la préparation hivernal, donc au mois de décembre je vais faire beaucoup de foncier. Ensuite j'ai fait le choix de partir à Gérone en Espagne pour rejoindre l'équipe qui voudrait regrouper tout le monde dans la même ville. Ce n'est pas une obligation, c'est en fonction de chacun. Les américains arrivent en général fin janvier début février, moi je vais y aller début janvier, il y a un nouveau stage d'équipe à ce moment là.

06- Est ce que tu sais quel sera ton planning pour la saison 2008?
CL: -
Gros avantage avec cette équipe, je sais quasiment tout mon programme, tout est déjà planifié. Je vais commencer par le Tour du Qatar fin janvier, l'Etoile de Bessèges, Trofeo Laigueglia et Tour du Haut Var le même week-end, puis Paris Nice, Milan San Remo, le Critérium International, le Tour des Flandres et Paris Roubaix. A partir de là on fera un point. L’équipe fait le Giro, je ne l’ai jamais fait et j'aurais bien aimé le faire, mais apparemment ils veulent que je me concentre sur le Tour de France. Avant j'aurais fait le Dauphiné pour préparer le Tour.

07- Justement, le Tour 2008, qu'en penses tu? Qu'est ce que t'inspire ce parcours?
CL: -
Ca sera un Tour très difficile comme à chaque fois qu'il passe dans le Massif Central. J'ai de très mauvais souvenir des passages dans le Massif Central. Dans une étape de montagne, même si elle est dure, il y a des gruppettos qui se forment assez rapidement, les délais sont plus longs, alors que dans le Massif Central, c'est dur mais tout le monde s'accroche. C'est beaucoup plus propice à la bagarre, y'a beaucoup plus de coureurs qui ont les aptitudes à passer ce genre de bosses, donc c'est vraiment très très difficile. Le bon côté, c'est que ça tourne autours de chez moi, je suis de Mende.

06- Revenons un peu sur la saison 2007. Un petit bilan personnel ?
CL: -
La saison est coupé en deux parties. Un début de saison vraiment excellente pour moi. Bessèges, même si ça n'a pas été au bout, j'ai été échappé tous les jours. Tour de Californie vraiment super, Het Volk également super, Paris Nice pas mal, Milan San Remo, Paris Roubaix aussi, j'ai vraiment fait un bon début de saison, l'équipe était contente, j'ai fait le boulot. Et à partir du moment où j'ai signé pour le team Chipotle ... Je m'étais vraiment concentré pour la Vuelta, mais pendant le mois de juillet, j'ai appris que je ne la ferais pas. Donc là ça a été grosse démotivation, j'étais un petit peu vexé de ne pas être sélectionné, je n'avais plus du tout la tête pour aller m'entraîner, ni pour faire le Tour de Pologne. Je n’ai quasiment pas couru en deuxième partie de saison.

07- Qu'est ce que tu retiendras personnellement de cette année 2007? Une image? Une impression? Un sentiment?
CL: -
Ce que je retiendrais, c'est la super équipe de coureurs qu'il y a au Crédit Agricole. Il y a vraiment une bonne bande de jeune, une super ambiance. J'étais vraiment surpris de ça. J'ai toujours eu la chance d'être dans des équipes qui me plaisaient bien, mais là ça n'était pas pareil. Le Crédit Agricole avait cette image un peu froide, où on ne se fend pas trop la gueule en dehors des courses, c'était vraiment complètement l'inverse cette année, il y avait des coureurs avec qui ça s'est super bien passé, vraiment une bonne ambiance, c'est ce que je retiens de l'équipe en général. Après, le gros moment c'est le Tour de Californie qui a fait basculé ma carrière. Je ne vais pas dire ma vie, mais presque. Ca change beaucoup de chose parce que sans le Tour de Californie, je ne vais pas dans cette équipe américaine, et donc je ne vais pas habité en Espagne.

08- Est ce qu'il y a un ou plusieurs coureurs qui t'ont vraiment fait forte impression cette saison?
CL: -
Moi c'est Romain Feuillu qui m'a vraiment épaté, je l'ai connu stagiaire chez Agritubel, il ne me donnait pas l'impression d'être capable de réaliser les résultats qu'il a fait cette année. Il avait déjà beaucoup de capacités, mais ce mec avec qui j'ai été échappé sur Paris Nice m'a plus épaté par son mental que par son physique. Il ne lâchait rien, il avait le couteau entre les dents. Il a fait une saison exceptionnelle, on peut lui prédire un bel avenir.

09- Quel est le type de courses qui te convient le mieux?
CL: -
Ca c'est la grande question, ça a toujours été mon problème. Quand je choisi mon programme, je fais autant le Tour des Flandres et Paris Roubaix que le Dauphiné ou le Tour. Je n’ai vraiment pas de spécialité. A un certain moment de ma carrière, ça a pu me poser un problème, c'est beaucoup plus difficile de gagner des courses quand on a des moyens partout, mais aujourd'hui j'en récolte un peu les fruits puisque j'ai été embauché justement pur cette régularité que j'ai sur la saison, aussi bien sur les classique que sur un grand Tour. C'était le cas pour le Crédit Agricole. J'ai quand même une préférence pour les courses à étapes, plutôt d'une semaine comme Paris Nice, le Tour de Californie, le Tour de Suisse, c'est le style de course que je préfère.

10- Quelle est la course que tu aimerais vraiment avoir à ton palmarès?
CL: -
(rires) Il faut rester réaliste? Le rêve, ça serait Paris Roubaix. C'est une course Hors Norme, pour le côté médiatique, populaire, mais également pour la souffrance, et l'arrivée dans le vélodrome, c'est quelque chose d'énorme.

11- Quel est ton plus beau souvenir en tant que coureur cycliste?
CL: -
C'est l'arrivée sur les Champs Elysée lors de mon premier tour en 2004. J'en ai tellement chié sur les 15 derniers jours. Après une super première semaine, j'ai pris un petit refroidissement lors du premier jour de repos, et à l'entame du Massif Central, j'étais pas forcement au niveau non plus, c'était mon premier Tour, en 2004 il y avait encore une course à 2 vitesses, j'en ai vraiment vraiment chié. Sur le coup, je n'avais vraiment pas envie d'y revenir, je m'étais dit que je ne le referais pas. Puis j'y suis revenu en 2006, dans des conditions différentes, j'avais franchi un palier peut grâce à ce Tour 2004. Je faisais la course et c'était super.

12- A quel age as tu commencé le vélo, et comment y es tu venu ?
CL: -
J'ai commencé par le VTT, j'y suis venu un peu par hasard. En fait je faisais du foot depuis des années, mais bon, le sport co. ça me gavait un peu. Donc j'ai commencé le VTT vers les 16 ans, assez tard. Je n'ai pas fait ça sérieusement tout de suite, je faisais quelques compétitions à droite à gauche, toujours avec des performances, c'est ce qui m'a motivé pour continuer. Pour progresser, on m'a conseillé d'acheter un vélo pour faire de la route, ce que j'ai fait pendant un an ou deux, comme ça. Un jour, il n'y avait pas de course de VTT, mon meilleur ami qui ne faisait que de la route m'a motivé à participer à une course sur route. Je l'ai gagné. L'année suivante, un club m'a proposé de faire la moitié de la saison sur route, et l'autre en VTT. Et c'est parti comme ça, j'étais alors en Junior 2. La route m'a plus plu, j'ai progressé régulièrement, sans vraiment écraser ma catégorie. En régionale, j'ai gagné 4 courses, c'est bien mais pas exceptionnel. Puis nationale et Elite, toujours présent. Jusqu'au jour ou je termine deuxième des Championnats de France Espoir, un peu par hasard car c'est la période ou je voulais revenir au VTT. A ce moment là, je ne pensais vraiment pas passer pro, ça n'était pas un objectif. Derrière ça, le Crédit Agricole me contacte pour faire un stage avec les pros, je croyais que c'était une blague. Je m'y suis rendu sans savoir où j'allais, mais une semaine plus tard, je savais que je voulais passer pro. Je suis tombé à l'époque sur Chris Boardman, Jens Voigt, Stuart O'Grady, Jonathan Vaughters, vraiment la grosse équipe. En 2001, j'ai vraiment explosé au club de Luc Leblanc à la Creuse. Puis en juin 2001, je signais mon premier contrat pro avec Jean Delatour.

13- Avais tu une idole quand tu étais enfant ?
CL: -
Je ne suivais pas du tout le cyclisme quand j'étais enfant. Je n'avais aucune culture du vélo. Pour moi Bernard Thévenet, c'est un commentateur télé, et Bernard Hinaut, c'est celui qui remet les maillots sur les podiums du Tour (rire). Si, en fait y'en a vraiment un, avec qui j'ai eu la chance de courir, avec qui j'ai été échappé et que j'ai même battu, c'est Laurent Jalabert. Niveau tempérament, palmarès, il avait tout, si je devais en désigner un, ça serait Lui.

14- Qu'aurais tu fais si tu n'étais pas devenu cycliste professionnel ?
CL: -
J'étais parti pour être prof de sports, ce que je ferais peut être après ma carrière. En tout cas, je serais resté dans le sport.

15- Quel est ton premier souvenir de sport ?
CL: -
J'étais très foot, je me rappelle de Mexico en 1986, je n'ai pas d'image concrète mais je me rappelle de ce mondial qui m'avait marqué parce que je l'avais suivi. Sinon, le plus beau souvenir, c'est beaucoup plus récent, c'est la victoire en 1998. Après, j'ai aussi un excellent souvenir plus vieux, c'est la finale de la Coupe Davis en 1991, quand Henri Leconte gagne. J'avais suivi du vendredi au dimanche.

16-  Est ce qu'il y a des sports que tu aimes et pour lesquels tu es doué ? Le Football ?
CL: -
Non, justement. J'ai fait du foot car ça fait parti de la culture française. J'ai fait beaucoup de sport en club: du judo, de la pétanque, du tir à la carabine, du badminton. Celui ou j'étais le plus doué, c'est la pétanque, mon père y jouait, je m'étais mis à la compétition chez les jeunes, j'étais plutôt fort. J'étais plus doué pour les sports individuels. Le foot, c'était toujours la faute à quelqu'un donc ça me gavait.

17- Quels sont les évènements sportifs que tu suis avec intérêt ?
CL: -
Alors là il y en a beaucoup, à commencer par les JO, les championnats du Monde dans n'importe quel sport.

18- A part le sport et le cyclisme, est ce que tu as d'autres passions?
CL: -
(rire) J'ai le droit de dire faire la fête? Les soirées gastronomiques entre amis, c'est presque un hobby. Sinon, je dirais la cueillette des champignons, et également voyager.

 


Voila, un très grand merci à Christophe pour ce superbe entretien. Vous retrouverez encore plus d'informations sur son site: http://www.chrislaurent.info
La photo, je l'ai prise au départ du Critérium d'Hellemmes, en septembre dernier.

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