Aujourd'hui je vous propose une interview exclusive de Matthieu Ladagnous, vainqueur des 4 Jours de Dunkerque il y a 3 jours. Il revient sur sa course, la suite de sa saison et nous en apprend un peu plus sur lui. Jeune coureur de la Française des Jeux agé de 22 ans, il est promis a un très bel avenir.
Bonjour Matthieu, et
félicitations pour ta victoire. Première question:
Quel était ton état de forme au début de ces 4
Jours de Dunkerque?
ML : - J'étais assez en forme,
ça allait. On peut dire que c'était un objectif comme
un peu toutes les courses de l'an dernier et de cette année,
c'est ma deuxième année pro donc j'ai essayé
d'aborder ça en espérant gagner une étape,
mais je ne pensais pas gagner le
général.
Dans l'équipe,
est ce que d'autres coureurs pouvaient prétendre à la
victoire ?
ML : - Toute l'équipe voulait bien
faire, on partait là-bas pour gagner au moins une
étape. Pour le général, on avait
Sébastien Joly qui marchait bien. Il reprenait juste la
compétition, il a fait un bon chrono, mais c'était un
peu plus dur pour le général car il était en
reprise après 15 jours d'arrêt. Il y en avait d'autres
qui étaient assez bien et qui auraient pu faire un bon
classement au général.
A quel moment tu t'es
rendu compte que tu pouvais remporter le classement
général ?
ML : - Quand j'ai gagné l'étape
de Cassel, j'étais revenu 2è au
général, c'est là que je me suis dit que je
pouvais gagner. En fait, les étapes avant, j'étais
pas mal placé au classement, et je n'aurais jamais cru que
je serais capable de remonter autant au classement dans
l'étape de Cassel.
C'était donc
un peu une surprise pour toi de figurer aux avants postes sur cette
étape ?
ML : - Oui, j'espérais suivre car je
ne voulais pas perdre trop de places au général, mais
c'est vrai que je ne pensais pas être à la hauteur
pour gagner cette étape.
Quelle a
été l'étape la plus dur de ces 6 jours de
course?
ML : - La plus
dure au niveau du parcours, c'était celle de Cassel,
mentalement, c'était la dernière, car je
m'étais mis la pression tout seul, et physiquement, je pense
que c'était l'étape qui arrivait au sprint à
Caudry car j'étais moins bien ce jour
là.
Ton équipe a
fait un super boulot pour toi sur la dernière
étape.
ML : - Ils
se sont mis d'entrée devant, on avait décidé
de faire la première bonif s'il n'y avait pas
d'échappée, mais bon, il ne fallait pas trop
rêver. Une fois qu'il y en avait 5 devant, on s'est dit qu'il
fallait mieux les laisser partir car la première bonif
était au bout de 60 kilomètres, et que l'on risquait
de toute façon de se faire déborder sur les monts.
Toute l'équipe a roulé jusqu'à la
deuxième bonif pour revenir sur eux, le retour s'est fait
juste avant et j’ai pu disputer le sprint.
Justement, comment
s'est disputée cette bonif, deux Predictors t'on
devancé mais tu fais quand même
troisième
ML : - C'était un peu spécial,
c'est moi qui ait lancé le sprint car je savais que
Dominique Cornu était moins rapide. Les Lotto avaient
décidé de mettre trois coureurs devant moi du moins
c'est ce que je pense, deux m'ont battu mais je fais quand
même troisième. Ca suffisait, j'étais en
tête du général, mais ce n'était pas
fini puisqu'il restait encore un sprint bonification à faire
ainsi que l'arrivée, mais bon pour l'arrivée
j'étais confiant car c'est une affaire de
spécialistes. Pour la dernière bonif, les Lotto
étaient 8 en tête à 500m du rush, ils amenaient
assez fort, j'avais peur qu'ils fassent des cassures donc il a
fallu que je lance de loin. Je les ai surpris, Michael Delage
était dans ma roue, on a bien joué le coup puisque je
remporte ce sprint.
Est ce que tu sais
pourquoi Dominique Cornu a écopé de 10 secondes de
pénalités ?
ML : - C'est justement à cause de ce dernier
sprint bonif, comme je lui avais pris une trentaine de
mètres, et d'après ce qu'on dit les commissaires, un
de ses équipiers lui aurait fait un relais à
l'américaine, une poussette pour le remettre dans ma roue. A
priori, c'est à cause de cela. Certains ont dit qu'il
s'était accroché à une voiture, mais c'est
quasiment impossible à faire sur le bord de la
plage.
En tout cas, bravo
pour cette belle victoire. Quel va être ton programme dans
les semaines à venir ?
ML : - Cette semaine, je ne fais rien de spécial,
je vais m'entraîner après 3 jours de repos. Ensuite je
pars faire le Tour de Catalogne, ça commence lundi et
ça finira dimanche prochain. Puis je reviendrais pour une
semaine à la maison, avec plus ou moins de repos mais pas de
repos complet. J'enchaîne avec une semaine de stage à
l'Alpes d'Huez, et ensuite ça sera le
Dauphiné.
Et si on te parle de
Tour de France ?
ML : - Pour l'instant, je pense que je
devrais y aller, on verra comment je me comporte sur le
Dauphiné. A ce moment là, je verrais avec
l'équipe si je suis capable d'aller sur le Tour. Si je n'en
suis pas capable, on attendra un an de plus. Si je ne le fais pas
cette année, je ne serais pas déçu et si je le
fais, ça sera une grande joie.
Dans les
années à venir, te sens tu capable de faire de belles
choses sur un Tour de France?
ML : - Pas de gagner le
général, je ne suis pas du tout un grimpeur, c'est
beaucoup trop dur, mais bon, j'espère gagner une
étape un jour. Mon rêve, c'est déjà d'y
participer, mais gagner une étape, ça serait vraiment
super. Et pourquoi pas le maillot blanc tant que je suis jeune. Pas
pour l'arrivée, mais pendant quelques jours. Mais gagner le
Tour de France, pour moi c'est impossible.
Pour toi, est ce
qu'un français peut remporter prochainement le Tour de
France ?
ML : - Peut être. Un coureur comme
Sandy Casar est capable de rivaliser avec les meilleurs sur le Tour
pour le général. Il n'est pas sur le Giro car il se
prépare pour le Tour de France. L'an dernier, il a fait un
très bon Tour d'Italie, mais il est arrivé sur la
Tour de France un peu cramé. Cette année, c'est
objectif la Grande Boucle pour Sandy.
Comment te sens tu au
sein de la Française des Jeux?
ML : - La Française des Jeux, c'est
une équipe super, il y a des anciens comme Fred Guesdon ou
Christophe Mengin qui sont là pour nous aiguiller, ils ne
sont pas là pour nous embêter, ils nous
emmènent vers le droit chemin. Il y a une super ambiance
comme dans une équipe amateur, on rigole, on fait la
fête mais on sait être sérieux également
quand il le faut. C'est vraiment une très bonne
équipe.
Quels sont les types
de courses que tu préfères?
ML : - Ces deux premières
années chez les pro, j'ai demandé de faire un peu de
tout, pour voir un peu tous les terrains. Mais ce que j'ai
préféré, ce sont les courses dans le Nord avec
les pavés, les bordures ...
A quel age as tu
débuté le vélo et comment y es tu venu
?
ML : - J'ai
commencé à 12 ans, mon père et mes oncles
faisaient du vélo. Je faisais déjà du sport
avant, de l'athlétisme, du handball, du judo. Mon
père m'a amené voir des courses de vélo dans
la région et ça m'a plu, j'ai pris une licence et
voila.
Est ce que tu avais
une idole dans le cyclisme quand tu étais enfant
?
ML : - Ce sont des
coureurs français comme Laurent Jalabert, Richard Virenque,
c'est surtout eux que je regardais.
Qu'aurais tu fais si
tu n'avais pas été coureur cycliste professionnel
?
ML : - Avant de passer
pro, j'avais commencé des études pour faire sapeur
pompier. Maintenant, je continue mes études, mon DUT en
sécurité hygiène et environnement à
Bordeaux. Je viens de finir les cours magistraux, il me reste
encore un mois de stage en entreprise, jusque mi juin où
j'aurais ma soutenance de stage à passer et ensuite c'est
fini.
Ce n'est pas trop dur
de concilier les études et le
vélo?
ML : -
C'est un peu dur mais c'est important d'avoir un bagage pour la fin
de ma carrière, elle peut être bien longue mais bien
courte aussi, on ne sait jamais, en cas de chute.
A part pour le
cyclisme, est ce que tu es doué pour un autre
sport?
ML : - Doué je ne sais pas, j'ai fait
du judo, du hand, mais j'étais jeune. Je ne sais pas si on
peut dire que j'étais vraiment
doué.
Quel est ton tout
premier souvenir de sport?
ML : - C'est quand j'allais voir le Tour de
France, dans les cols. Ca m'a marqué. Quand on est jeune, on
aime bien la caravane publicitaire en attendant les coureurs. Ce
sont des images qui restent. Il y a aussi le monde dans les cols,
l'ambiance général qui règne sur les
étapes du Tour de France. Ca m'a assez
marqué.
Est ce que tu as une
autre passion que le cyclisme dans la vie ?
ML : - J'aime bien les balades en montagne,
les randonnées. Sinon, m'amuser avec mes
amis.
Merci
beaucoup Matthieu de m'avoir consacré ces quelques minutes.
Je n'oublie pas également de remercier Stéphane et
Jean Michel sans qui je n'aurais pu contacter Matthieu.
N'hésitez par à vous rendre sur leur
site: http://matthieu.ladagnous.free.fr pour en savoir
encore plus sur ce coureur à suivre de près dans les
mois et les années à venir.
La photo qui illustre cette interview, je l'ai prise au
départ du Grand Prix de Denain le 19 avril
dernier.
maryline77
lun 21 mai 2007 21:11